Livetutor, une uchronie inspirée de LiveMentor.

Quand on se jette dans le grand bain du freelancing et de l’entreprenariat, qui plus est dès la fin de ses études, on ressent à plus ou moins de degrés le besoin d’être tutoré.e, tout du moins d’être aiguillé.e, afin d’opérer les « bons » choix, pour son entreprise naissante et pour soi. Qu’il s’agisse d’ebooks vous promettant d’augmenter votre chiffre d’affaires, d’applications pour développer votre réseau ou encore de services pour plus facilement gérer votre paperasse… face aux profondes mutations du monde du travail, de nombreuses initiatives ont vu le jour au cours des deux dernières années, afin de faire de vous un parfait entrepreneur en herbe, et la multiplication de celles‑ci a de quoi parfois donner le tournis.

Parmi elles, le monde des formations, en ligne ou en présentiel — dont nous avons pu, pour certaines, faire l’expérience, est en plein essor, avec notamment :
— les livres blancs (Marie Roé, Freelance Boost)
— les moocs (Nicolas Tregan, Ticket For Change)
— les conférences (les Entrepreneurs Évolutionnaires, Cowanted)
— les bootcamps (Soto, Switch Collective)
— les cours particuliers et les masterclasses (Masterclass, LiveMentor)

(liste non exhaustive, toute contribution à celle‑ci est la bienvenue !)

C’est ainsi qu’en février dernier, après avoir été hameçonnées par une publicité sponsorisée sur Facebook, nous nous inscrivons Marion et moi‑même non sans enthousiasme à la formation d’introduction gratuite de LiveMentor, l’école en ligne pour les entrepreneurs, les freelances et les indépendants, intitulée « Débuter et réussir en freelance ». Les six cours d’une heure, en live, à raison de deux heures par semaine et orchestrés par Alexandre Dana, l’un des trois co‑fondateurs de LiveMentor, sont galvanisants. Pendant ces trois semaines, nous avons en plus la possibilité de bénéficier d’un diagnostic personnalisé avec un assistant pédagogique de l’école.

À ce moment‑là, LiveMentor donne un joli coup d’accélérateur à emballage collectif et nous décidons tout naturellement de nous inscrire à la formation avancée, attirées par son programme et son prix alléchants. De celle‑ci jusqu’à présent nous n’avons fait que butiner certains contenus, en allant piocher de‑ci de‑là dans les cours enregistrés, les lives et le groupe Facebook dédié, sans suivre la formation avec une grande assiduité et implication, il faut bien l’admettre, et ce pour trois raisons :
— non seulement car celle‑ci s’adresse, à notre avis, plutôt aux freelances seuls qu’à des duos ou des collectifs (en effet, un freelance en solo n’a pas cette prise de recul instantanée et cette répartition complémentaires des tâches qu’induit le fait de travailler en binôme comme nous le faisons),
— que rétrospectivement, nous aurions peut‑être mieux fait de nous inscrire à une masterclass plus spécialisée, comme celle de Marketing Digital ou Facebook de A à Z, afin d’approfondir des compétences que nous ne possédons que très superficiellement (alors qu’au contraire nous nous sommes rendues compte, sans prétention aucune, que nous avions déjà acquis, de par nos expériences précédentes, la plupart des premiers « bons » réflexes du freelance),
— mais aussi et en dernier lieu car, et c’est là que le design s’en mêle, l’interface du site de LiveMentor n’offre que trop peu de possibilités aux utilisateurs.trices que nous sommes, alors qu’elle pourrait devenir un véritable espace de travail dématérialisé, personnalisable et évolutif pour tous les entrepreneurs en devenir !

Comment concilier alors des impératifs commerciaux (le premier onglet du site est une vitrine sur les différentes formations existantes) avec la volonté assumée d’une pédagogie centrée sur le projet de l’élève, qui possède son espace personnel, certes, mais où il ne fait que retrouver les formations auxquelles il est déjà inscrit avec leurs différents contenus, tout en pouvant seulement accéder à des témoignages d’anciens élèves et à une bibliothèque, qui, à l’heure actuelle, ne recense que d’historiques newsletters ? Comment incarner pleinement « l’école en mieux », comme revendiquée sur la page d’accueil de LiveMentor ?

Quand nous avons interviewé Alexandre en avril dernier, celui‑ci nous a alors conseillé de réaliser, afin de créer de la valeur et nous faire connaître, des cas pratiques, c’est‑à‑dire des études de cas très étoffées sur un sujet donné, et qui nous donne ainsi l’occasion de nous positionner et de nous affirmer quant à notre domaine de prédilection. Dans la suite logique de notre générateur d’idées, nous avons donc eu l’idée Marion et moi, de consacrer un cas pratique aux formations pour les freelances… et tout particulièrement à LiveMentor ! Mais nous ne nous sommes pas contentées de cette seule analyse.

En effet, en tant que designers, nous essayons toujours, du mieux que possible, d’apporter à toutes problématiques des solutions. À la question donc : quelle serait l’école en mieux, somme toute l’école (qui plus est notre école) idéale sur Internet ? Notre réponse est : Livetutor, une uchronie inspirée de LiveMentor.

Ce projet, qui s’incarne à ce jour sous la forme d’un site internet, participe d’un intérêt plus global pour l’éducation. Non seulement cette dernière est un véritable enjeu dans notre société contemporaine, il n’y a qu’à voir le nombre d’expérimentations qui sont menées à ce sujet (pour n’en citer que quelques‑unes, le livre de Céline Alvarez, Les lois naturelles de l’enfant, paru en août 2016, aux éditions Les arènes, ou encore le documentaire de Judith Grombach, Une idée folle ainsi que celui d’Alexandre Mounot, Le maître est l’enfant, tous deux réalisés en 2017), mais également car, au sein d’emballage collectif, nous poursuivons une ambition pédagogique à l’égard du design, que nous souhaitons co‑main, au travers, entre autres, de la rédaction d’articles tels que celui que vous êtes en train de lire.

Notre lecture récente du maître ignorant de Jacques Rancière n’est venue qu’abonder dans le sens de cette démarche, ledit ouvrage s’appliquant à comparer les formes traditionnelles d’éducation au regard de la précurseuse —mais non moins controversée—« méthode Jacotot » (d’après Jean Joseph Jacotot, pédagogue français du XIXe siècle). Cette méthode d’enseignement universel repose sur l’émancipation (en opposition à ce que Jacotot nomme « abrutissement ») intellectuelle de tout un chacun et qui s’articule autour de grands principes selon lesquels, entre autres, toutes les intelligences sont équivalentes, que l’on peut enseigner ce que l’on ignore et de fait s’instruire seul, en suivant sa propre ascension, sans l’aval d’un « maître explicateur » qui détiendrait le monopole du savoir. Morceaux choisis :
« Il y a abrutissement là où une intelligence est subordonnée à une autre intelligence. On appellera émancipation […] l’acte d’une intelligence qui n’obéit qu’à elle‑même. »
« L’ignorant apprendra seul ce que le maître ignore si le maître croit qu’il le peut et l’oblige à actualiser sa capacité. »
« C’est le disciple qui fait le maître. »
« Nous entendons homme de progrès au sens littéral du terme : des hommes qui marchent […] qui pensent surtout que savoir n’est rien en soi‑même et que faire est tout. »
« L’élève doit toujours voir par lui‑même, comparer sans cesse et toujours répondre à la triple question : que vois‑tu ? qu’en penses‑tu ? qu’en fais‑tu? Et ainsi à l’infini. Mais cet infini ce n’est plus le secret du maître, mais la marche de l’élève. »
« L’ignorant, lui, fera moins et plus à la fois. Il ne vérifiera pas ce qu’a trouvé l’élève, il vérifiera qu’il a cherché. C’est ainsi que Le maître ignorant peut instruire le savant comme l’ignorant : en vérifiant qu’il cherche continûment. Qui cherche trouve toujours. Il ne trouve pas nécessairement ce qu’il cherche, moins encore ce qu’il faut trouver. Mais il trouve quelque chose de nouveau à rapporter à la chose qu’il connaît déjà. […] Maître est celui qui maintient le chercheur dans sa route, celle où il est le seul à chercher et ne cesse de le faire. »
« Connais toi toi‑même ne veut plus dire, à la manière platonicienne : sache où est ton bien. Il veut dire : reviens à toi, à ce qui est en toi ne peut pas te tromper. Ton impuissance n’est que paresse à marcher. Ton humilité n’est que crainte orgueilleuse de trébucher sous le regard des autres. Trébucher n’est rien ; le mal est de divaguer, de sortir de sa route, de ne plus faire attention à ce qu’on dit, d’oublier ce qu’on est. Va donc ton chemin. »

Inspirées par ces belles idées, nous avons imaginé Livetutor, en jouant sur le terme de « tutor » qui, s’il ne s’entend que sous une seule acception en anglais, possède un double sens en français, désignant aussi bien le mentor soutenant une tierce personne (un élève, par exemple) que la tige sur laquelle prend appui la plante pour se développer, mais également sur l’anglicisme « live », « en direct », qui peut se lire en anglais comme le verbe « to live », « vivre ». Ainsi, avec son logotype en forme de plante, Livetutor se présente‑elle comme « l’école pour faire pousser vos projets ». Le tutor est, à l’image du maître ignorant, soutien mais aussi fertilisateur, ce « jardinier d’hommes » dont parle si poétiquement Jean‑Paul Delevoye. Il pousse, c’est le cas de le dire, l’élève à suivre et persévérer dans sa propre voie.

N.B. : en saisissant le terme Livetutor sur Google, nous sommes tombées sur deux mêmes occurrences, dont l’un est également un site de formations en ligne, à destination des étudiants indiens postulant au concours d’entrée ou internes en médecine. Même si le nom est le même, le concept global et l’identité graphique de ce site n’est fondamentalement pas équivalent. Notre Livetutor est, il est bon de le rappeler, une fiction crée de toutes pièces, et n’a donc pas d’existence juridique ni d’ambition commerciale, à moins qu’une entreprise, LiveMentor la première, ne décide de s’emparer des concepts que l’on a ainsi crées, pour tout ou partie, ce qui fera auquel cas l’objet d’un véritable contrat.

Ainsi avons‑nous réfléchi, une fois les premières graines semées, à une charte graphique sur mesure. La typographie, le caractère Now Alternate, est une linéale aux formes imparfaites, très lisible non sans un soupçon de fantaisie, tandis que les pictogrammes, au dessin volontairement rond, et la gamme colorée, s’articulant autour d’un vert gazon, d’un bleu marine et d’un jaune citron s’inspirant de nuances naturelles, viennent planter le décor. La structure du logotype, quant à elle, est évolutive et personnalisée : la plante croît, et par là même Livetutor devient Alexandretutor, Charlestutor ou encore Grégoiretutor, car nous, tous autant que nous sommes, restons finalement nos meilleurs alliés et donc, nos plus fidèles tuteurs, pour tenir debout sur ce grand chemin de la vie. C’est finalement ce que l’on peut regretter dans le logotype de LiveMentor : s’agit‑il d’un élève, d’un mentor ? (ce qui peut instiller de fait le doute également quant à un possible rapport hiérarchique entre le mentor et l’élève) Quelle idée maîtresse représente‑t‑il précisément ? La diversité des profils, mentors comme élèves, saurait‑elle se résumer à un visage à lunettes nonobstant une charmante houppette, encerclée d’une bulle de forme hexagonale ? Et la dimension d’éducation dans tout ça ? Sans doute pouvons‑nous supposer que les lunettes confèrent au logotype l’allure d’un premier de la classe mais alors, où se cache l’innovation, la fameuse « école en mieux » ? Bien que doté d’un fort capital sympathie et d’une bonne exécution, ce logotype n’est graphiquement pas à la hauteur de nos espérances et des ambitions clairement assumées de LiveMentor.

Revenons à nos bourgeons… Dès la page d’accueil du site Livetutor, nous sommes ac‑cueillis par une frise illustrant cinq étapes clés de la pédagogie proposée par l’école : observer, éclore, s’épanouir au contact d’autrui, se cultiver, et enfin s’élever pour se dépasser. La bouture est bouclée. Nous pouvons ainsi rentrer dans le cœur du sujet, en appuyant sur le bouton « Générer ma bibliothèque ». S’ensuit une série de questions à choix multiples afin d’affiner au mieux le projet de l’élève, qu’il soit entrepreneur, salarié, salarié en reconversion, étudiant, en portage salarial ou encore chômeur, et lui soumettre les contenus qui seront pour lui les plus enrichissants. Au terme de ce parcours, l’élève a la possibilité d’enregistrer ou non son profil, et de fait générer ou non son espace‑temps personnel, qui, en premier lieu, possède uniquement les ressources (formations comprises) que l’algorithme du site a sélectionnées pour lui. Yéza Lucas, jeune community manager travaillant avec les entreprises de l’économie sociale et solidaire, et, qui plus est, figure emblématique de la communauté LiveMentor, a eu la gentillesse de se prêter à l’expérience, générant ainsi son Yézatutor.

Avant de continuer plus en profondeur (ou plutôt, prendre de la hauteur, conformément à la navigation de bas en haut qui régit une partie du site, à commencer par la timeline) dans l’exploration de son univers, étudions de plus près les pages du site de LiveMentor. La page d’accueil annonce d’emblée les intentions et le persona de LiveMentor : « L’école en mieux. LiveMentor c’est l’école pour les freelances, les entrepreneurs et les indépendants ». L’interface est épurée, le message est clair et le bouton « Découvrir » attise la curiosité. Mais que dire de la mention « Noté 4,8/5 sur Facebook », à l’heure où l’on remet en cause la méritocratie au travers de la notation à l’école ? Sommes‑nous là face à un trait d’humour ? La vidéo en arrière‑plan laisse néanmoins entendre qu’il ne s’agit pas là d’une école au sens conventionnel du terme. Celle‑ci est en réalité une immersion au sein des bureaux de LiveMentor, on l’on peut y voir l’équipe en plein travail, montrant également des mentors « in real lives » dispensant leur cours : l’accent est donc mis sur le caractère éminemment humain de l’école. Seul bémol, les élèves sont les grands absents de cette séquence animée, où ils ne sont que trop superficiellement suggérés. Deux menus, aux contenus en partie redondants, encadrent la vidéo. Non contents de ne pas apparaître dans cette dernière, Nos Élèves sont mentionnés en haut et en bas, comme le logotype, qui, pour une raison inconnue, s’affiche en négatif en haut à gauche de la page. Sur le bandeau supérieur, on retrouve donc les Masterclasses, au cœur de l’activité de LiveMentor.

En cliquant sur le lien, nous atterrissons en effet sur l’offre de formations proposée par LiveMentor, qui comprend actuellement « Débuter et Réussir en Freelance » (formation à laquelle nous nous sommes donc inscrites), « Copywritring », « Marketing Digital », « Facebook : de A à Z » et « Créer son site internet en 2 semaines », avec la photographie et le prénom des mentors correspondants. Les questions/réponses sous la forme de menus déroulants en bas de page sont les bienvenues afin de mieux appréhender le fonctionnement de ces masterclasses : le ton est chaleureux et témoigne d’une volonté de transparence et de proximité avec les élèves, bien que le graphisme général de la page contraste manifestement avec celui‑ci, avec, à notre goût, des choix colorés somme toute assez ternes, et des détourages plus qu’approximatifs dans la chevelure des mentors (peut‑être est‑ce là une façon de les mettre en valeur, mais force est de constater que cela reste plutôt maladroit). Pour le fond donc, rien à redire, mais la forme, quant à elle, gagnerait à être affinée. Comme l’affirmait Louis Sullivan, « Form ever follows fonction. This is the law ». LiveMentor, prenez‑en de la graine ! 😉

Passons à la page Nos Élèves. Là encore, même remarques concernant le graphisme, et il y a encore finalement trop peu de témoignages d’élèves compte tenu du nombre de personnes s’inscrivant aux formations avancées. Les retweets sont néanmoins une bonne idée, quoique très redondants. Les retours d’expériences d’élèves en eux‑mêmes sont riches, étayés, et participent d’un marketing non agressif, au bénéfice de LiveMentor, mais mériteraient d’être mieux hiérarchisés et plus visuellement documentés.

La page Bibliothèque est très certainement la page qui, dès qu’elle a fait son apparition au mois de juillet sur le site, a suscité chez nous le plus d’attentes… et, au vu de son contenu actuel, le plus de déception. Cette bibliothèque n’a de nom que son caractère de collection, puisqu’elle n’est autre qu’une compilation de newsletters classées par date. Dédier finalement une page du site, qui plus est intitulée Bibliothèque, pour seulement amener les visiteurs à s’abonner à la newsletter de LiveMentor, n’est‑ce pas un tant soit peu de la publicité mensongère ? Permettez‑nous d’émettre cette supposition, bien que le contenu lui‑même de ces newsletters possède en effet une valeur certaine, dans le fond comme dans la forme.

Passons les pages Contact, CGU, Presse, Facebook et venons‑en à la fameuse page À propos, dont Alexandre nous a dit être si fier et sur laquelle nous sommes, pour notre part, plus nuancées 🙂 En haut de la page, le credo de l’école est à nouveau scandé et, un bouton « Découvrir l’histoire secrète » invite à en savoir plus : mention spéciale pour l’article « Un cours en pyjama à 900 000 euros» auquel le lien renvoie, qui retrace avec brio les débuts en coulisses de l’aventure LiveMentor et qui démystifie l’entreprenariat pour mieux le remystifier ! (c’est également ce à quoi nous sommes attachées chez emballage collectif au travers de notre design co‑main). Nous ne sommes malheureusement pas aussi convaincues par ce photomontage mettant en scène un enfant sur sa planche de surf. Nous nous doutons bien que le propos de ce type de visuels est de créer un décalage humoristique, mais ce dernier se doit alors de rester compréhensible au premier coup d’œil, et qui plus est de demeurer un minimum cohérent avec l’identité graphique, plus institutionnelle, développée sur le reste du site. L’idée générale de celui‑ci est certainement de montrer qu’il est ludique, « fun » pour les entrepreneurs, freelances et indépendants de se former chez LiveMentor, que cela participe de cette recherche de liberté qui pousse de plus en plus de monde à choisir la voie de l’entreprenariat, que l’on peut donc concilier travail et plaisir (le nouveau couchsurfing, coaching et surfing ;))… mais il y a là emprunt à trop de codes graphiques ne s’harmonisant pas les uns avec les autres, et qui véhiculent de fait une image trop stéréotypée de LiveMentor. Que dire ainsi de ce nuage de croix qui encadre l’illustration et nous évoque le quadrillage de nos bonnes vieilles copies doubles ? Pourquoi cet enfant, arborant qui plus est un collier de fleurs hawaïennes sur la tête, et faisant du surf, au‑delà du goût prononcé d’Alexandre pour ce sport ? De la gentille blague à la caricature, il n’y a parfois qu’un pas (ou plutôt, qu’un pad ;)). Sans transition aucune et sur fond du même motif poinçonné, Alexandre nous apparaît‑il flottant avec, selon ses dires, « son plus beau T‑shirt ». Même remarques que précédemment, d’autant plus que le ton du texte qui l’accompagne prend une tournure on ne peut plus engagée et sérieuse. Nous déplorons également que seul Alexandre soit cité comme étant le directeur de l’école ; bien qu’il s’agisse là sûrement d’un choix stratégique, celui‑ci omet de faire la part belle à ses deux associés ainsi qu’au reste de l’équipe. Enfin, la vision chronologique des étapes de la construction de LiveMentor est une bonne idée, bien que graphiquement assez pauvre; de véritables pictogrammes spécifiquement dédiés feraient par exemple gagner à cette frise chaleur et interactivité. Selon nous, globalement, cette page convoque plusieurs vocabulaires graphiques ne fonctionnant pas ensemble, et qui a pour effet négatif de noyer (restons dans le champ lexical aquatique) en partie le message que souhaite véhiculer LiveMentor.

La page On recrute ! ne vient encore que confirmer ce que l’on a diagnostiqué précédemment : le fond est très travaillé alors qu’il reste tout à faire sur la forme . Les recruteurs auraient tant à gagner à faire appel au design pour les aider à sélectionner le meilleur de leurs futurs collaborateurs !

Pour finir, l’espace personnel de l’élève, par le biais duquel on accède en cliquant sur le bouton connexion se subdivise en deux onglets : « Mes formations », sur lequel on peut retrouver les formations (avancées et d’introduction) auxquelles nous sommes inscrits et « Mon compte » qui recense un profil sommaire, un récapitulatif de nos modes de paiement et les devis et factures qui lui sont associés… rien de très personnalisable finalement, d’autant plus que l’interface n’est pas chaleureuse (la gamme colorée générale du site pose d’ailleurs question : quel est le statut de ce vert, qui n’est jamais le même d’une page à une autre ?), ressemblant à n’importe quel formulaire que l’on peut être amené à remplir sur internet, et ne nous donne donc pas spécialement envie de l’investir.

L’espace personnel de Livetutor, qui, dès lors qu’un nouveau profil est généré, est baptisé au nom de son nouvel élève, propose d’en prendre le contrepied en offrant la possibilité à chacun de cultiver son jardin secret, individualisé et sur mesure, et au rythme qu’il souhaite. Les ressources, et notamment les formations payantes, qui apparaissent dans un premier temps sur sa timeline ne sont que des suggestions, auxquelles l’élève peut choisir ou non de souscrire, et ainsi d’effacer ou non de son fil personnel. Ainsi Yéza a‑t‑elle le choix, en fonction de ses besoins du moment, qui ne seront plus les mêmes quand le temps aura passé, de s’inscrire à la formation d’introduction en marketing digital, ou au renforcement WordPress, en adéquation avec l’évolution de son projet professionnel.

De LiveMentor, nous avons en effet décidé de conserver le caractère « en live », qui permet une actualisation des contenus, ainsi que la conjonction de formations d’introduction, gratuites, et de formations avancées, payantes, que nous trouvons très astucieuses, mais d’en augmenter la variété en distinguant notamment les formations généralistes, communes finalement à tous les entrepreneurs, des formations spécialisées, davantage axées sur les besoins et usages d’un corps de métier.

Dans son Yézatutor, Yéza a non seulement la possibilité de mettre à jour finement son profil mais aussi d’agrémenter son espace‑temps personnel de ses propres ressources, qu’il s’agisse d’un ebook qu’elle a lu, d’un article d’un journal en ligne qu’elle veut conserver ou encore d’une image qu’elle apprécie particulièrement, et pour ce faire, elle peut les classer dans des dossiers et sous‑dossiers. Ceux‑ci sont d’office ajoutés à sa timeline, qui en répercussion, fait pousser sa plante. Celle‑ci est un mode de navigation à part entière sur le site, car elle recense en effet tous les dossiers et sous‑dossiers (en jaune) et les formations auxquelles Yéza est inscrite (en vert).

Pour glaner de nouvelles ressources, cette fois‑ci directement sur le site, au sein de la bibliothèque, il s’agit pour Yéza d’effectuer une recherche par filtres, d’abord par secteur d’activités, par domaines et enfin par spécialités. Ce mode d’exploration des ressources favorise la sérendipité et une approche par association d’idées, qui peut venir, par un hasard heureux, nourrir le projet de l’élève. Dans chacune des spécialités, il n’y a pas un mais plusieurs « tutors » référents, ce qui permet de croiser différents points de vues et niveaux d’expertise, et d’éviter ainsi l’écueil d’une méthode unique, à un seul visage, comme on peut parfois le craindre chez LiveMentor. Comme l’explicitait très bien Maria Montessori, « Le rôle du maître est de nourrir, d’aider, d’observer, d’encourager, de guider, d’inciter et non pas de se mêler, d’ordonner ou d’interdire » Maria Montessori

Ainsi, l’élève peut‑il également contribuer à la bibliothèque, en ayant la possibilité de soumettre ses ressources personnelles aux tutors, faisant de Livetutor un véritable espace collaboratif, open source, auquel pourrait venir par exemple se greffer une page forum et des témoignages d’élèves dédiés, afin de favoriser l’existence d’une communauté « en live », et dans la vie réelle, qui constitue selon nous la véritable force de LiveMentor.

S’agissant d’un projet fictif, nous avons très certainement omis un certain nombre de problématiques d’ordre technique et stratégique. Il n’est de toute façon pas question de considérer ce dernier comme un projet verrouillé, mais comme une proposition, qui existe parmi tant d’autres possibilités. En cela, nous sommes ouvertes à toutes critiques constructives, LiveMentor la première ! 🙂

Bonne fin de semailles ! 🙂

propos recueillis le 06/10/2017 par Camille Esayan

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