Les Sensifiques, Museomix 2017

Camille a participé le week‑end dernier à Museomix, un hackathon se déroulant sur trois journées et en simultané dans plusieurs musées de par le monde, et qui se propose de repenser l’expérience muséale, au travers notamment de dispositifs de médiation innovants. À Paris, c’était au Palais de la Découverte que se tenait la manifestation, sur la thématique du hors les murs, le Palais étant amené à fermer plusieurs années durant afin d’être rénové. Retour sur trois journées riches en émotions, avec l’émergence d’un magnifique projet porteur de sciences, construit avec une équipe de choc !
Je me suis inscrite à Museomix en juillet dernier sur, une fois n’est pas coutume, une impulsion, sans en mesurer savamment les tenants et aboutissants. Rétrospectivement, si j’avais laissé un tant soit peu mon raisonnement prendre le dessus, je n’aurais probablement pas tenté l’expérience, et ce pour deux raisons, plus ou moins recevables, j’en conçois :
— qui participe à Museomix accepte tacitement de dormir moins de 6 heures par nuit pendant 72 heures,
— qui dit Palais de la Découverte dit sciences dit, pour ma part, la réminiscence de douloureux souvenirs teintés d’incompréhension et de zéro pointés durant toutes mes années collège.

Ainsi, quand les yeux encore tout ensommeillés je suis arrivée au Palais de la Découverte vendredi matin dernier, ne me doutais‑je pas une seule seconde de la formidable aventure professionnelle, et avant tout humaine, que j’allais vivre. La journée démarre sur les chapeaux de roues, avec, par petits groupes, des parcours de visite et des animations dans les différents espaces du Palais. Fidèle à mon sens de l’orientation légendaire, je sème mon groupe et ne le retrouve qu’une heure plus tard. Fortuitement, je fais alors la connaissance d’Hélène, qui, sans le savoir, fera partie de mon équipe tout le week‑end durant. Au cours de la médiation sur la synthèse additive et soustractive des couleurs, j’écris, là encore sans m’en douter, deux mots qui revêtiront tous leurs sens quelques heures plus tard : « arc‑en‑ciel » et « couleurs ».

En fin de matinée, les premières idées fusent, armés de post‑its. Je fais alors la connaissance de Clara et Victoire. Très vite, nous nous rendons compte que nous sommes sur la même longueur d’ondes : les sciences nous intimident, pour ne pas dire qu’elles nous sont assez antipathiques, et les dispositifs de médiation actuels du Palais témoignent encore d’une conception trop hiérarchisée entre le sachant (le médiateur) et l’apprenant (le visiteur). Avec une grande exaltation, Victoire me raconte ce qui l’a interpellée dans sa visite du matin : incognito, le médiateur lui a fait remarquer que l’escalier sur lequel elle marchait était en réalité un véritable témoignage historique, à en observer tous les fossiles réunis au sein de ses marches. La science est partout, surtout aux endroits où l’on s’y attend le moins ! Je rebondis instantanément à cette anecdote avec la notion d’infra‑ordinaire, inventée par George Perec en 1973, qui se propose d’interroger l’habituel et d’y trouver une forme de poésie. Les fondations du projet que nous allons par la suite développer sont posées. Fortes de nos compétences complémentaires en médiation (Clara), communication (Victoire) et graphisme (moi‑même), nous partons à la recherche de la consolidation de notre ADN. Coralie, développeuse, Paul, créateur de contenus et Hélène (dont je parlais plus haut), makeuse, nous rejoignent. L’équipe des Sensifiques est née. Nous nous installons à notre table et très vite, une alchimie se crée : nous faisons mûrir le projet, prenons tour à tour la parole, avec une bienveillance et un respect mutuel, non sans une joie sincère à travailler tous ensemble. Naturellement, les contours de notre projet se dessinent : nous allons infiltrer le quotidien en créant des dispositifs de médiation qui n’en ont à première vue pas l’air, de telle manière de susciter chez tout un chacun l’émerveillement par les sens, et une expérience scientationnelle. Après une première plénière où notre dessein reçoit un bel accueil, nous retournons chacun dans nos pénates, déterminés à embrasser avec euphorie la deuxième journée de Museomix.

Le lendemain matin, alors que les rayons de soleil transpercent les grandes baies vitrées du Palais et nous réveillent en douceur, nous sommes plus motivés que jamais. Victoire et Clara commencent à rédiger le scénario de médiation du projet, dont le décor s’articule autour de l’abribus qui jouxte le Palais. Ce dernier constitue en effet rapidement notre point de départ, un lieu non seulement on ne peut plus banal, mais également notre principal objet d’étude, dont nous allons extraire toutes nos expériences par la suite. Je m’attelle à l’identité des Sensifiques, et imagine ainsi un logotype en trois états (état initial, le quotidien, état d’enchantement, l’expérience spectaculaire et état de connaissance, une fois la médiation transmise). Avec les précieuses connaissances d’Hélène en matière de découpe laser, nous réalisons une carte de visite avec une partie détachable. Ainsi, chaque passant peut‑il, après avoir vécu une expérience scientationnelle en attendant son bus, partager le savoir qui l’a traversé un instant sur un site collaboratif, recensant les différentes expériences de médiation dans Paris, dont j’esquisse la première maquette. Pendant ce temps, Paul et Coralie s’affairent à la recherche d’expériences, et à la fabrication d’un abribus de démonstration, le beau temps ayant malheureusement laissé place à une pluie diluvienne. Cette dernière ne nous empêchera cependant d’éprouver notre concept à la nuit tombée, in situ, en jouant les scènettes que Victoire, Clara, Paul et Coralie ont imaginées. Fatigués mais satisfaits, nous sommes parés pour attaquer l’ultime journée de ce week‑end extraordinaire.

Le dimanche, alors que la grasse matinée n’est plus qu’un lointain souvenir, chaque minute est comptée. Nous devons présenter notre installation aux visiteurs à 16h. Notre abribus de substitution trône fièrement dans la section Eurêka du Palais. Alors qu’au cours des deux jours précédents nous essayions tant bien que mal de nous cantonner à nos fonctions respectives, nous revêtons désormais chacun plusieurs casquettes. Victoire m’aide à finaliser des éléments de signalétique, tandis que Clara prête main forte à Hélène, Paul et Coralie pour les ultimes ajustements de scénographie. Sans trop de bus de retard, nous voilà fin prêts à tester notre dispositif auprès du grand public. Les retours ne se font pas attendre, et ils sont plutôt très enthousiastes ! Pendant trois heures, nous répondons aux questions de petits et grands, et, pour certains, voyons une lumière s’éclairer dans leurs yeux. Ce sont avec, pour ma part, des étoiles (et des arc‑en‑ciels !) plein la tête que s’achève l’expérience Museomix. Si rien ne perd, rien ne se crée, tout se transforme, la fin de ce week‑end hors du temps n’est que le recommencement de ce beau projet qu’est les Sensifiques. Affaire à suivre, donc…

Petit clin d’œil à Olivia qui m’a confiée, par un heureux concours de circonstances, qu’elle avait pu observer un arc‑en‑ciel en arrivant le dimanche matin au Palais. À Hélène, qui m’a initiée à la pensée par l’envers et qui n’a eu de cesse tout le week‑end de veiller à ce que chaque membre de l’équipe puisse exprimer sa voix et ses savoir‑faire. À Valentin, qui a donné vie à notre logotype. À Clara et Victoire, pour nos discussions passionnantes et hilarantes qui ont rythmées ces trois journées. Vous pouvez suivre l’avancée de notre projet sur Twitter.

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