Ethics for Design, de Gauthier Roussilhe

Le 16 novembre dernier, nous assistions au NUMA à la projection du documentaire de Gauthier Roussilhe, Ethics for Design, en présence de ce dernier et d’une poignée d’intervenants du film. Une initiative et une rencontre riches de questionnements quant à l’éthique de notre profession, dont le sujet suscite chez emballage collectif de vives interrogations, puisque celui‑ci est régulièrement abordé au cours des interviews que l’on réalise.

Qu’est‑ce en effet qu’un bon designer et, de fait, un bon design ? Loin d’apporter une réponse univoque, le documentaire, dans le fond comme dans la forme*, ainsi que l’échange qui l’a suivi, nous propose une multiplicité de points de vues en s’intéressant notamment :

— à la différence entre l’éthique et la morale, la morale reposant davantage sur une conception binaire du bien et du mal, définissant l’interdit, le prescrit et le permis et éminemment liée à un groupe social, à l’inverse de l’éthique, propre à tout un chacun (il y a donc en toute cohérence autant d’acceptions de l’éthique que d’individus), s’articulant autour de vertus humaines — l’honnêteté, la sagesse…  — une déontologie inhérente à une profession et une vision conséquentialiste (où l’on accorde plus d’importance aux conséquences qu’aux intentions initiales), dans la perspective de vivre mieux,

— aux dérives possibles du métier de designer et du designer lui‑même, qui n’en demeure pas moins un être humain comme les autres, avec ses limites et contradictions, et donc, sa propre conception de l’éthique : la tentation de l’arrogance de l’artiste, la poursuite de la célébrité, la mythification de la créativité, le design à la solde du marketing et autres contingences économiques… Est‑il finalement possible, et souhaitable, d’adopter un comportement 100% éthique au travers de l’exercice de notre activité ?

— au bien‑fondé néanmoins que le design et les designers s’emparent toujours plus encore de questionnements éthiques en favorisant le dialogue, la curiosité, l’honnêteté, l’empathie (“It’s like a tree, I grow, and the more I grow the more space I take, but not for nothing, I take more space to cover other things above me” Thomas Schnur) et ainsi repenser les usages par‑delà les  —  mauvais  —  usages existants, au service de l’Homme, en se nourrissant de sa propre capacité réflexive (“I would be skeptical of other people’s advice” Peter Bil’ak). D’où l’importance que l’on fasse appel au design, de par sa nature aux confluences de plusieurs « champs de tension », pour reprendre la terminologie de Pierre‑Damien Huyghe, à la genèse de chaque projet.

*L’interface du site est à ce titre une superbe tentative de design éthique, et co‑main ajouterons‑nous, faisant la part belle à l’expérience utilisateur, en lui permettant d’opérer des choix quant à l’espace qu’il souhaite attribuer à chaque médium (vidéo, image, légendes…). Dans cette même logique, toute la démarche liée à la production de ce documentaire (les motivations du projet, son déroulement ainsi que les dépenses qui y sont liées) y est expliquée en toute transparence.

Les participants au documentaire :

Alain Findeli

James Auger

Peter Bil’ak

Antoine Fenoglio

Flora Fischer

Sarah Gold

James Williams

Geoffrey Dorne

Thomas Schnur

Matthieu Cherubini

Laura Pandelle

Nicolas Nova

 

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